Les nouvelles formes d’intimidation et de violence scolaire
Les nouvelles formes d’intimidation et de violence scolaire
Cyberviolence, “Happy Slapping”
et autres nouvelles tendances
Conférence internationale en ligne
24 avril – 19 mai 2006
Rapport de la Conférence
Version courte
Contenu
Ce rapport sur la conférence en ligne « Les nouvelles formes d’intimidation et violences à l’école » (IVE) propose un court descriptif de la préparation et du déroulement de cette conférence. En conclusion, vous trouverez une présentation et une brève analyse de ses principaux résultats. Par ailleurs, un rapport plus détaillé des conférences est disponible.
La Conférence en ligne
La conférence en ligne « Les nouvelles formes d’intimidation et violences à l’école » était la troisième d’une série de cinq conférences en ligne, organisées dans le cadre du projet VISIONARIES-NET. Un résumé des autres conférences, ainsi que des informations complémentaires sont disponibles sur le site conference.bullying-in-school.info. Vous y trouverez également la liste des participants et des informations sur leurs profils.
La conférence s’adressait aux personnes directement impliquées et/ ou intéressées par les nouvelles formes d’intimidation et de violence en milieu scolaire – par exemple la cyberviolence et la happy slapping – ou par des sujets relatifs à l’IVE, faisant l’objet de débats nationaux – comme les violences homophobes et racistes.
Les groupes cibles de la conférence réunissait les enseignants, élèves, parents, représentants de site Internet, professionnels, représentants de communautés, politiques et toutes les personnes interessées par ces nouvelles formes de violence et d’intimidation à l’école. Une liste complète des participants est disponible à l’adresse : conference4.bullying-in-school.info.
Concept et Méthodologie de la Conférence
La conférence était organisée sous la forme d’un forum en anglais, ouvert 24h/24h (5 jours par semaine), durant quatre semaines, avec un accès réservé à des participants préalablement invités. Cet accès illimité a permis aux participants de prendre part à la discussion quelque soit le lieu où ils se trouvaient et à l’heure qu’il souhaitaient.
Les participants, considérés comme de vrais experts, étaient impliqués dans le processus de sélection des thèmes. Les modérateurs leur ont soumis un bref questionnaire. Les réponses étaient ensuite analysées et servaient de points de départ aux discussions successives de la conférence. Les participants réfléchissaient ensuite aux réponses apportées aux questions de départ et utilisaient ces éléments comme base pour des discussions complémentaires. Cette approche à plusieurs niveaux est très proche de la méthode Delphi, utilisée pour explorer des nouveaux domaines de recherche à l’aide d’un groupe d’experts.
Chaque semaine était consacrée à un thème principal, qui comprenait 3-4 sous thématiques. Les thèmes n’ont pas été- comme prévu- clos à la fin de chaque semaine mais ont été maintenus quelques jours de plus pour éviter d’interrompre des discussions intéressantes.
Des résumés des discussions étaient régulièrement présentés aux participants de la conférence. Ils étaient chaque jour tenus informés de l’ouverture et de la fermeture des discussions par un courrier électronique. Une section spécifique “off-topic” permettaient aux experts d’échanger sur des thèmes directement liés aux nouvelles formes d’IVE, mais qui n’entraient dans aucune des 3-4 sous thématiques définies.
Résumé des principaux résultats de la conférence
Résultats des questionnaires distribués aux participants avant la conférence.
Les participants ont identifié deux types de nouvelles formes et tendances liés à l’IVE:
- Nouvelles formes pour lesquelles les auteurs d’IVE utilisent les nouvelles technologies et média, ou le téléphone portable, comme la cyberviolence ou “happy slapping” (pratique consistant à filmer une personne victime de violences assenées par des complices, dans le but d’être ensuite diffusée, par exemple sur Internet)
- Formes d’IVE déjà existantes mais bénéficiant récemment de l’attention des médias et donc du public, par exemple la violence homophobe, la violence perpétrée par des bandes, violences contre les femmes et enfants aux besoins spécifiques.
- Selon les participants, les facteurs qui contribuent au développement de nouvelles formes d’IVE sont, par exemple, un accès facilité et un dépendance croissante aux nouvelles technologies, un manque de contrôle des parents, l’anonymat d’Internet et le manque d’études crédibles, la présence accrue de la violence dans les médias et le (mauvaise) exemple donné par la société. D’autres facteurs sont cités, quoique moins fréquemment : le manque d’éducation (particulièrement lorsqu’il s’agit d’intimidation d’enfants à besoins spécifiques), le manque de formation des enseignants et/ ou leur incapacité à intervenir, la sous-estimation du problème, le manque de conscience des politiques, la fait que les enfants grandissent dans un environnement ou la communication des sentiments personnels n’est pas mise en avant, ou encore la vitesse à laquelle se développent les nouvelles technologies.
- Les stratégies suivantes pour aborder et affronter les nouvelles formes d‘IVE ont été suggérées: éveiller la conscience et la formation des enseignants, parents, élèves et autres groupes cibles sur les nouvelles formes d’IVE et l’enseignement de valeurs morales. A moindre échelle, les stratégies d’intervention suivantes ont été suggérées : inciter les témoins à ne pas fermer les yeux sur les actes d’IVE, davantage de soutien aux victimes, action d’inspecteurs indépendants dans les écoles, l’implication de la communauté, médiation par les paires, sanctions plus sévère pour les auteurs d’IVE et davantage de recherches pour identifier les caractéristiques des auteurs, victimes et témoins.
Thème 1: Nouvelles formes, développement et tendances relatives à l’IVE
Nouvelles formes, développement et tendances relatives à l’IVE
- Selon les débats, il existe deux types de nouvelles formes d’IVE
- Formes d’IVE réellement nouvelles et qui semblent différer des formes traditionnelles d’IVE, en “face à face” – ex : différents types de cyberviolence
- Formes d’IVE qui bénéficient actuellement de l’attention du public, parce que les médias en parlent davantage, comme par exemple à la suite à des évènements nationaux.
- Nos débats ont révélé que la cyberviolence comprend plusieurs formes, qui peuvent être classifiées de différentes manières, selon les moyens utilisés ou selon le type d’action.
- Classifié selon le type de moyen, la cyberviolence inclue l’usage d’Internet (email, blogs, sites de mise en réseau) et le téléphone portable (SMS, échange de photos et films violents).
- Classifié selon le type d’action, la cyberviolence inclue le « harcèlement », le « dénigrement », la « moquerie », les « arnaques », « l’exclusion », « l’intimidation des bandes » (cf. Willard).
- Les discussion n’ont pas permis de clarifier si le “happy slapping” –qui a commencé au Royaume-Uni en 2004 et que l’on retrouve de plus en plus fréquemment parmi les faits divers de nombreux pays européens – est encore un phénomène purement européen.
Violence en face face Vs nouvelles formes de violence : y a-t-il une différence ?
- Les discussions n’ont pas réussi à déterminer s’il existe ou non une différence entre violence traditionnelle et la cyberviolence. Les discussions ont mise en avant deux points de vue:
- Certains participants soulignent qu’en dépit de certaines similarités, il existe des différences significatives entre la cyberviolence et l’intimidation en face à face.
- D’autres participants relèvent que “la cyberviolence et la violence à l’école sont naturellement liées” et que la cyberviolence peut être perçue comme n’étant qu’un “nouvel outil que les enfants auteurs d’intimidation utilisent pour accomplir leur volonté sur d’autres enfants de l’école ”.
- Dans l’approche visant à différencier les deux types de violence, les spécificités suivantes de la cyberviolence ont été avancées (cp. Campbell): il n’existe plus de lieu sur pour les victimes, la cyberviolence peut être subi 24h/ 24h et 7j/ 7, l nombre de victimes potentielles est plus élevé, le pouvoir de nuisance de l’Ecrit est plus fort que la parole car le message peut être lu et relu, l’auteur peut être anonyme et la cyberviolence est moins détectable par l’adulte que la violence traditionnelle en face à face.
- Au cours de la discussion les quatre critères de la violence traditionnelle en face à face ont été mis en regard avec la cyberviolence : “l’intention de nuire”, “déséquilibre des forces”, “actions répétée” et “incapacité de la victime à se défendre” (cf. Campbell). Les discussions ont révélé des opinions contradictoires sur la correspondance ou non de ces quatre critères avec la cyberviolence (pour plus de détails lire la version longue du compte rendu de la conférence).
Thème 2: Cyberviolence
Types de cyberviolence
- La Cyberviolence peut être définies comme “un acte cruel à l’égard d’autrui, à travers l’envoi de contenu préjudiciable ou une forme de cruauté sociale au moyen d’Internet et des technologies digitales ” (cf. Willard).
- Selon la taxinomie de Willard (2006), cyberviolence peut prendre différentes formes, comme : le dénigrement, la moquerie, les arnaques, l’exclusion, l’intimidation des bandes. La taxinomie a été critiquée par plusieurs participants sur l’argument que certaines de ces actions ne rentrent pas dans critères classiques de ‘intimidation, comme spécifié par exemple dans la définition de l’intimidation par Olweus.
- D’autres formes qui selon les participants sont spécifiques à la cyberviolence sont l’usage du téléphone portable et le “happy slapping”.
- Dans plusieurs pays, il n’existe pas de termes appropriés pour désigner les nouvelles formes d’IVE comme la “cyberviolence”. Il y a plusieurs possibilités pour désigner ces nouvelles formes d’IVE. Les suggestions suivantes ont été faites :
- Introduire de nouveaux concepts afin que tout le monde sache exactement de quoi il s’agit
- Utiliser un terme générique qui peut couvrir plusieurs phénomènes
- Eviter l’usage du terme et se focaliser sur la description du phénomène.
Les origines du cyberviolence - implications pour notre travail
- S’agissant du phénomène de la Cyberviolence, il est nécessaire de distinguer les facteurs communs à l’interaction en “face à face” et via l’espace Internet, et de les comparer aux facteurs spécifiques à l’espace Internet.
- Les facteurs communs entre la cyberviolence et la violence en face à face sont par exemple: “luttes pour le pouvoir” et “les différences de statut social”. La cyberviolence est souvent en interaction avec la vie réelle (...) et est en conséquence une extension des luttes de pouvoirs de la vie réelle et des différences de statut social qui nourrissent beaucoup les conduites violentes.
- Les facteurs spécifiques à la cyberviolence (parmi lesquels le fait de devoir composer avec l’anonymat d’Internet) sont par exemple: invisibilité, dissociation des conséquences, le fait de jouer un rôle, pouvoir de l’écart, sous-estimation d’Internet (pour plus d’informations que ces points, consulter la version longue du rapport).
Thème 3: Comment aborder le problème de la cyberviolence
Aborder la cyberviolence et le rôle des fournisseurs d’accès Internet
- Concernant la manière d’aborder la cyberviolence, le rôle et les responsabilités des fournisseurs d’accès Internet, est largement conditionnée par les lois locales et internationales.
- Dans de nombreux pays, les fournisseurs d’accès Internet ne sont pas responsables du contenu des sites ou de la manière dont leurs services sont utilisés par les usagers. Ceci et de nombreux autres facteurs contribuent à faire d’Internet un “terrain de jeux” idéal pour les auteurs d’IVE.
- Afin d’augmenter la fiabilité de leurs services (et à cause des lois nationales), plusieurs fournisseurs d’accès Internet tentent de supprimer les contenus à caractère préjudiciable de leur pages. Néanmoins certaines mesures étant insuffisantes, il semble qu’ils aient toujours un temps de retard lorsqu’il s’agit des nouvelles formes d’IVE via les nouvelles technologies.
- Les participants ont émis des suggestions pour accroître les possibilités et ressources des fournisseurs d’accès pour faire face à la cyberviolence (cf. Willard): avoir une politique claire d’interdiction de contenu à caractère préjudiciable, fournir du matériel d’information sur les site aux jeunes, aux écoles et aux parents, faciliter et clarifier les procédures de dépôt de plaintes sur Internet. Des idées concernant les contrôle des accès à certains services a également été évoqué (ex : contrôle de logiciel, limitation de temps).
Aborder la cyberviolence – le rôle des parents
- Il y a plusieurs facteurs empêchant les parents de faire face à la cyberviolence: ils sont trop occupés, ils supposent que les logiciels de contrôle parentale fonctionnent (ce qui n’est clairement pas le cas), les enfants peuvent facilement déjouer ces logiciels, les parents ne maîtrisent souvent pas les connaissances techniques leur permettant de suivre leurs résoudre les problèmes liés à la cyberviolence…
- Bien qu’il existe des sites de bonne qualité et offrant des informations et conseils utiles pour les parents, la plupart des parents ne les utilisent généralement qu’une fois que leur enfants rencontrent de vrais problèmes.
- Plusieurs stratégies pour éveiller la conscience des parents ont été proposées: contact avec les associations de parents à l’école, effectuer des petites études pour démontrer l’ampleur du phénomène, proposer aux parents de participer à des ateliers, inclure des informations dans les newsletters des écoles, Mettre des informations détaillées sur le sujet à disposition à l’accueil de l’école, dans le bureau du Conseiller d’Orientation et sur son site.
- Des suggestions ont également été émises sur plusieurs aspects de la cyberviolence qu’il est nécessaire de traiter: Comment aider les enfants à se remettre du mal causé par leur victimisation, comment réagir rapidement lorsqu’un enfant est victime d’IVE, comment être sûre que l’enfant n’est pas victime ou auteur d’IVE, comment inciter un enfant à parler ou à savoir comment aider un autre enfant victime d’IVE s’il a été témoin de violence.
Niveaux d’intervention
- Au début des discussion, une classification basé sur les quatre acteurs suivants a été suggérée : parents, école, administration (institutions gouvernementales), Internet.
- Les discussions ont révélé qu’une attention particulière devait être dirigée sur les fournisseurs d’accès Internet ainsi que sur les compagnies de téléphonie portable, puisqu’ils possèdent les ressources pour faire face aux problèmes liés à la cyberviolence. Les fournisseurs d’accès proposent un outil à double usage qui permet d’établir des groupes et profils “privés” (restreints à des personnes déjà identifiées). Cependant, il arrive que ces espaces privés se transforme en lieu ou les enfants sont auteurs ou victimes de violence et échappent à la surveillance à cause de leur caractère privé.
- Concernant le rôle des parents, et le niveau de contrôle qu’il devrait exercer sur leurs enfants et sur l’utilisation d’Internet, deux positions complémentaires ont été faites:
- Les parents devraient contrôler l’accès de leurs enfants à Internet
- Les parents ne devraient pas baser leur action sur le contrôle de l’usage qu’ont leurs enfants d’Internet mais les mesure éducatives leur enseignants à identifier la bonne manière d’appréhender les nouvelles technologies.
- Au sein de l’Ecole, plusieurs groupes devraient être inclus dans le processus de gestion de la cyberviolence, comme les enseignants et le personnel de l’école. Une attention spécifique doit être portée sur les témoins qui doivent savoir détecter les violences et exprimer clairement leur désapprobation. A ce propos, l’importance de dénoncer les actes d’IVE et d’y apporter une réponse appropriée a été suggérés.
- Concerning the targeted youth it was pointed out that they have to be taught how to respond effectively. Furthermore they have to be encouraged to report bullying incidents.
Thème 4: autres nouvelles formes et tendances en matière d’IVE
Autres nouvelles formes et tendances en matière d’IVE
- Dans cette dernière discussion, les participants se sont concentrés sur les autres types d’IVE, comme la violence homophobe, raciste, la violence envers les filles l’usage d’arme à feu dans les écoles, etc.
- Au regard du sexisme et de l’homophonie présente dans nos institutions, il parait nécessaire d’encourager dans les écoles un réel travail d’inclusion des lesbiennes, homos, bisexuelles et transsexuelles. A cet égard, il est recommandé de visiter le site www.schools-out.org.uk.
- Les enfants à besoins spécifiques sont souvents vistimes de jeunes peu scrupuleux. Ce groupe est souvent victime de « happy slapping » et d’autres formes de bullying.